Vanille, chocolat, fruit de la passion !!!

Dans cette impasse, ce qui frappe, c’est que chaque habitant est habité par une passion !

Fred a son jardin, ses plantes, ses fleurs, une passiflore d’ailleurs, et tous les livres qui s’y rapportent. Sandrine adore la couture, les ourlets, les points de croix et les rubans n’ont aucun secret pour elle. Ce n’est pas rare de trouver des chutes de tissus par terre qui finissent par tapisser les nids des oiseaux. Tous deux, par contre, ne sont absolument pas passionnés par les autres humains. Mr Bou avait la passion de la peinture et a désormais celle de la bouteille et des cigarettes.

Max, quant à lui, a la passion de la photo et des filles. Pas plus tard qu’hier, je l’entendais parler à Pierre d’un éventuel déclencheur déporté pour boitier D80 et d’une superbe russe, blonde, qu’il avait rencontré au Chacha. Max et Pierre s’inquiétaient toutefois de la réelle fonctionnalité du déclencheur et de la fille…Romain lui adore bricoler la tuyauterie de nos habitations. Il m’a profondément émue lorsqu’il a évoqué que « tout ce qu’il me manquait finalement dans la vie était une membrane à clapet»…

Je me suis rapprochée de Jésus qui a enduré la Passion lors de sa crucifixion lorsque Benjamin, rentré de Hollande, m’a alpagué pour me faire une brève description en 2 heures 32 minutes de sa vie là-bas chez les Belles des Champs. Une immense revue de sa chambre, la vue de sa chambre, de ses nouveaux camarades, de ses manuels scolaires, de ses cours et de la 23ème conférence internationale de physique sur les « Semiconducteurs nanocrystallin » qui est une conférence qui « tend à être le premier forum de discussions et d’échanges scientifiques et technologiques regroupant les plus grands chercheurs du monde entier »….Lorsqu’il a ajouté « c’est passionnant ! », j’ai ré-ouvert mes paupières qui s’étaient fermées discrètement pendant le passage sur les oxydes , et lui ai souri parce qu’à choisir, je préfère sans aucune hésitation cette passion, aussi soporifique soit-elle ,à la nonchalance ambiante,  à cette mollesse quotidienne de mes congénères, à la coolitude de ma génération ou encore pire : remarquer comme à chaque fois que vous entreprenez quelque chose avec ferveur, enthousiasme  et volonté, il y aura toujours une voix pour vous dire en ces termes « T’es sûre ?.. Méfie-toi quand même… T’emballe pas trop, tu vas être déçue …Tu ne fais pas fausse route ??? » Ces quelques mots toujours accompagnés d’une moue de désaccord et de sourcils levés au ciel…Même si un énorme, propre et concis « Ta Gueule ! » naît en vous et est sur le point de vous brûler les lèvres, préférer cette citation de ce cher Friedrich (Hegel, sacré lui !) : Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion.

C’est la rentrée !

C’est la rentrée, definitely…C’est la rentrée pour l’impasse aussi.

Ses habitants sont enfin rentrés, alors petit point vacances : Adèle est partie avec sa mère en Ardèche où elles ont fait un stage de « libération du geste en apprivoisant son dos basée sur une technique psycho-énergétique » …A mourir d’ennui pour l’une et très énergisant pour l’autre. Mr Bou est resté enfermé chez lui car il n’aime pas l’été, comme mes oreilles d’ailleurs car l’été Mr Bou laisse ses fenêtres ouvertes, toutes ses fenêtres, même celle de ses toilettes. J’ai donc eu le droit à mon opéra fécal quotidien, et plusieurs fois par jour s’il vous plait ! Le maestro, the chef d’orchestre des toilettes est né….pouah !
Olivier et Marc ont passé quelques jours à Ibiza puis au Brésil. « C’est vachement beau, y’a d’la musique à tous les coins de rue, les gens sont heureux, y’a de superbes plages aussi, le kiff… ». « Et sinon la pauvreté, la criminalité, les inégalités ? » Osais-je à tout hasard… »Ah ça ? Tu le vois pas trop, tu sais les hôtels et les brésiliens sont super accueillants… en plus, on nous a dit que c’était un pays méga émergent »…Je regardais ces gros colons et pensait quand même aux 2 tiers de la population brésilienne, pauvre, qui se partage en un an le même revenu que les plus riches en 11 jours, mais apparemment cette majorité là est invisible pour les touristes, alors…Samba !
Isa et Pierre sont rentrés de l’Ile de Ré puis de Venise il y a quelques jours et sont maintenant ultra débordés. Pierre prépare son expo et Isa, sa rentrée littéraire. Max et Manu sont rentrés eux aussi : lui est partie en Grèce sur une île dont il a oublié le nom et a expédié Manu chez des potes, dont elle ignore le nom elle aussi.
Enfin la rentrée ! L’impasse est enfin repeuplée ! Je vais enfin retrouver Adèle râlant qui rentre de l’école avec une glace à rien à la main (c’est le crouton du pain…en forme de cornet de glace, mais vide …donc glace à rien), maudissant ses profs et ses camarades de non-jeu…Elle attend avec impatience l’arrivée de la grippe…
Je réalise que cette impasse est comme une famille,”like fudge…mostly sweet with a few nuts…” To be continued…

Marie-Claude Jourdain

A midi, je suis tombée sur Max. En route pour son boulot le casque à la main, les lunettes de soleil hyper branchées mais qui ne protègent pas du soleil et la chemise canadienne de bucheron du XVIème très tendance, je me suis mise à me moquer de son look, précisément. Ce garçon doit être croisé avec un labrador et le bisounours Gros Calin parce qu’à aucun moment il m’a retourné mes remarques. Parce que côté look, y ‘aurait à dire me concernant. J’ai tenté le hippie chic mais le résultat est que c’est ni hippie ni chic c’est du non-être, le nihilisme vestimentaire en toute sa splendeur.
Bref pendant que je discutais avec Maxador, une étrange créature femelle passa entre nous. Moi, je pensais qu’elle venait tout droit de l’espace ou de Neuilly mais Max m’a assuré que ce n’était pas possible. Une petite dame voutée, âgée de près de 76 ans, croisement entre Jackie Sardou et Lova Moor, vêtue d’une petite robe noire vaporeuse titubait dans l’impasse. Pas qu’elle était ivre, mais elle avait des talons…C’est comme ça que l’on reconnait les étrangères dans l’impasse : les pavés étant très irréguliers, mettre des talons est tout un art. Moi, je connais le parcours à suivre pour éviter de me casser la margoulette mais toutes les filles qui s’y aventurent en faisant leur belle, perchées sur leurs talons se ramassent une fois sur deux.
Donc Super Mamie qui titubait devant nous en petite robe transparente, toute fripée, la robe et la mamie, me rappela comme il est bien moche de ne pas accepter de vieillir. J’ai même pensé aux copines de Max qui dans 50 ans ressembleraient à cette petite chose dodelinante. Ca m’a fait froid dans le dos. Peut-être que lorsqu’on est très belle jeune, il est encore plus difficile d’accepter de se flétrir ? Autant commencer moche, ainsi on tombe de moins haut à l’arrivée ! D’ailleurs notre Lova Moor du jour, de son vrai nom Marie-Claude Jourdain, est arrivée sur les rotules à la sortie de l’impasse…

60 battements / seconde

Les chercheurs ont découvert des cellules souches cardiaques à l’origine de toutes les cellules majeures du cœur. Cette trouvaille ouvre la voie à la possibilité d’utiliser les cellules du patient lui-même pour traiter leur cœur endommagé.
Finies alors le chagrin, la tristesse et les peines de cœur ?

« Cœur de pierre ! » résonna dans l’impasse. J’étais avec Adèle, Chamane et Manu lorsque ce
« Cœur de pierre » nous figea tous les 4. Puis une porte claqua et Romain, le fils de Fred et Sandrine, traversa l’impasse en courant.

«  Il est comment ton cœur à toi ? »me demanda Adèle.

Chamane et Manu attendaient également la réponse.

« Ben, heu, mon cœur va bien, il est en chewing-gum extensible ou en bakélite. Ca dépend des jours remarque, parfois, d’ailleurs alors bon et toi ? »

Les deux chats s’étant endormis, Adèle haussa les épaules et partit devant ma réponse à la gomme.

Je me mis à la fenêtre et réfléchissais à la question de la petite. C’est alors que j’aperçus Isa et Pierre qui sortaient en amoureux. Le cœur en bandoulière, bien vif, rouge pour Isa, bleu azur pour Pierre, est exactement de la même taille. Leur cadence cardiaque est tellement soutenue et en harmonie qu’elle peut abattre des murs.
Olivier et Marc, amoureux eux aussi, ont un cœur bien différent : en papier recyclé, très léger et fonctionnel. Il est bien garni mais reste provisoire et assez bon marché. Radins pour les choses matérielles, ils l’étaient également quand il s’agissait d’agrandir leur cœur.
Marie, comme Mr Bou, qui n’avait connu qu’un seul amour dans sa vie et beaucoup d’aigreur, a un cœur en forme de boite en bois brut qui reste dehors, été comme hiver. A chaque fois qu’elle veut l’ouvrir, c’est une épreuve de force. La rouille a scellé la serrure et le bois peu entretenu après tant d’années se fendille à plusieurs endroits. Marie a vite compris que le mieux est de ne pas utiliser sa boite et de vivre sans.
Corinne a un cube énorme, cabossé et constitué de plusieurs matériaux, fer, bois, plume et coton. La partie la plus résistante serait celle d’Adèle qui elle un cœur en bonbon, en peluche et en roseau.
Fred et Sandrine, fusionnels, ont un cœur pour deux, très original et très déco. Une étoile 3D, bien compliquée, en teck comme leur terrasse, sans aucun défaut ni aspérité. Tout est contrôlé, millimétré et bien rangé à l’intérieur. C’est rare que quelque chose de nouveau n’y entre.
Max a une grosse balle rebondissante bien ronde, design et fashion mais à l’intérieur très old school, simple et remplie à ras bord. L’extérieur est en toc mais l’intérieur est recouvert de matériaux durables. Sa balle est très protégée et passe inaperçue la plupart du temps. Cependant, comme elle rebondit souvent, Max n’oublie pas qu’elle existe et court souvent après.

J’ai recroisé Adèle ce jour-là.

«Adèle, j’ai réfléchi et j’ai la réponse à ta question : mon cœur est inégal et régulier, aventureux et timide, camouflé et évident. C’est un oxymore personnifié, une contradiction quotidienne, une thèse et une antithèse. Il peut s’agiter 9 fois par minute comme une baleine ou alors 500 fois comme un moineau. »

Adèle me dévisagea puis me demanda si je prenais souvent de la drogue ou si j’avais bu trop de schweppes. Stupéfaite face à cette gamine, je lui ai alors parlé d’un nouvel article que je venais de lire sur la noyade des enfants comme première cause de mortalité par accident…Adèle déguerpit vite fait.

Une question de codes !

Ce n’est qu’une question de code : On parle la même langue, on vit au même endroit mais on n’est pas du même monde, on n’a pas les codes !

Tout a commencé cet après-midi là, lorsque mon nouveau voisin, Max, vint emménager juste en face de mon appartement. Observant ce nouvel arrivé de l’impasse j’ai enfin saisi ce que signifiait le « hyper tendance, hype, fashion »…Car Max travaille dans la mode, il est photographe exactement. Soudain, comme une piqure de guêpe à l’intérieur des mes connexions neuronales, Je réalisais qu’autour de moi, mes voisins venaient tous d’une autre planète que la mienne. Pour la première fois dans l’humanité, des contrées éloignées s’étaient réunies et cohabitaient toutes au même endroit.

Munie d’un petit carnet, d’un Bic, d’un casque colonial et d’une pipe, mon exploration pouvait alors commencer.
Telle une anthropologue avide de savoir, mon premier sujet d’étude fut donc Max. Rien à voir avec le fait que Max soit joli garçon et sente très bon, non, par but purement scientifique et avec beaucoup d’humilité, j’allais saluer l’autochtone. C’est ainsi que ma découverte du monde de la mode a débuté. J’ai tout d’abord dressé un tableau comparatif croisé Excel de toutes les marques, photographes et mannequins. J’ai listé les habitudes et rites quotidiens de ce peuple. En prenant comme 1er exemple d’études les amies de Max : Svetlana, Melinda, Linda, Claudia ou Henriette sont toutes grandes, élancées et ont de très beaux cheveux longs ou très courts. J’émettais alors ma première conclusion : dans la mode d’un point de vue capillaire ou autre il n’y a pas de juste milieu. On ne se couche pas tard, on se couche tôt le matin, on ne boit pas un peu à devenir un peu saoule, on se pique la ruche à en être raide bourré, on ne fume pas un joint, mais on sniffe de la coke et on kiffe le cristal, on ne mange pas, on jeûne, et surtout on n’écoute pas de musique tranquillement, non, l’électro vous fait saigner les tympans.

Il fallait être radicale dans le choix de mon second sujet étude et prendre un opposé : à la nuit tombée, lorsque les fauves sortent pour chasser, j’entrepris une première visite à Benjamin, fils intello de mes voisins. Il me parla pendant exactement 2h32 minutes de fragmentation monétaire en Espagne au 18ème siècle et de son problème d’Utrecht. Après m’avoir expliqué ce détail économique et sur le fait qu’il n’avait pas de souci urinaire, Utrecht étant une ville, j’ai du apprendre les codes pour communiquer avec un intello. Quoi que vous dites, soit il fait une petite moue en fronçant les sourcils pour vous signaler qu’il ne comprend pas vos propos, soit il corrige ou précise tous vos dires. Autant vous dire que le principe de base, la règle avec quelqu’un d’aussi érudit est de se cantonner au basique, au quotidien, là où j’excelle… Benjamin, est un savant mélange d’un critique perpétuel de Télérama, d’Igor Bogdanoff et de Thomas Malthus. Heureusement, mon petit dictaphone caché dans mon gilet a pris la relève quand au bout d’une heure quarante cinq minutes, mon cerveau s’est mis en veille. Le lendemain, bien que courbaturée intellectuellement, je comparais les propos de Max et de Benjamin. Aucun point commun et pourtant les deux spécimens vivaient l’un en face de l’autre et en harmonie.

Les codes de Corinne, la peintre, mon troisième cas d’étude, sont ceux de l’artiste torturé, du peintre sous l’emprise de la création. A une simple question, comme « Bonjour, ça va ? ». Elle vous regarde intensément, réfléchit à votre question, hésite et se lance. « Oui, je crois. » La création ne s’explique pas, l’artiste est angoissée, meurtrie par la société matérialiste et blessée par votre manque de compréhension. Le plus drôle dans l’histoire est que l’atelier de peinture de Corinne est juste à côté de Mr Bou et de ses problèmes intestinaux, vous verriez ses toiles, vous comprendriez de quoi je parle.

Bref, après quelques semaines d’exploration, j’ai posé mon casque et ma pipe, et j’en suis venue à cette conclusion : aucun code ne sera jamais assez suffisant pour s’intégrer complètement dans un groupe, dans une société, ou même dans un pays. En avons-nous même envie ? Mais la cohabitation est possible ! Venez voir dans l’impasse : Lorsque vous croiserez une mannequin au bras d’un petit gars, Max, saluant son voisin, Pierre, tout en enjambant un homme à plat ventre en train de tailler une glycine, Fred, qui lui-même parle à Corinne qui dispute Adèle pour avoir brisé l’ordre naturel en écrasant un insecte, le tout sur du Wagner, compositeur préféré de Marie, qui sourit intérieurement à ses voisins Olivier et Marc qui sortent faire leurs courses en tenant la porte à Mr Bou qui rentre du bistrot en évitant de justesse Chamane, vous me donnerez alors raison….

Bienvenue dans l’impasse

20B75, la porte s’ouvre sur une impasse dans Paris. Elle est pavée comme dans toutes les rues de Paris auparavant. Puis, il y a des plantes, des fleurs et des animaux. Enfin des pigeons et Chamane, le roi des félins, un chat en fait.

Nous sommes une dizaine à vivre dans ce mini-monde à part de l’agitation parisienne, tous différents, tous uniques en notre genre. Des couples, des célibataires avec ou sans enfants, des jeunes et des vieux. L’impasse a tout connu, un condensé de vie en 10 appartements.

Pour vous brosser grossièrement le portrait de mes voisins, il y a tout d’abord Marie, femme de 70 ans qui habite à l’entrée, elle est peintre et phobique des chats. Elle a des cheveux blancs, des enfants et petits enfants, aime particulièrement le confit de canard et lire le journal du dimanche, le lundi.

Il y a Olivier et Marc, couple heureux, d’autant plus qu’Olivier est le fils du propriétaire de toute l’impasse. Ne pas payer de loyer participe grandement au bonheur conjugal. Ils adorent commander du vin par internet, mais économisent les frais de livraisons en allant chercher les caisses eux-mêmes « une fois l’an »au week-end de la pentecôte.

Il y a Corinne et sa fille, Adèle. Comme elle est divorcée, Adèle n’est là qu’une semaine sur deux. Sylvie est peintre et professeur de peinture, de yoga et de respiration. Elle a fondé une école « Comment ne pas oublier de respirer sinon tu meurs ». Elle reçoit souvent des personnes pour les aider à retrouver le chemin de leur vie. Corinne se perd souvent dans Paris. Adèle quant à elle, a créé un petit jardin à l’entrée de son appartement, les mégots de sa mère représentent des arbres centenaires.

Fred et Sandrine, sont en couple depuis 30 ans et ont un grand fils d’une vingtaine d’années, Romain. Fred est le responsable floral de l’impasse, il taille, coupe, arrange, met en forme et contemple le tout. Il travaille comme Sandrine dans le cinéma, il est scénariste. Sandrine, quant à elle, est costumière, elle aussi taille, coupe, arrange, met en forme et contemple le tout. Romain fait souvent des fêtes dans l’impasse, costumées la plupart du temps. Imaginer une soirée un peu arrosée, vous rentrez un peu tard chez vous, et vous croisez Marylin Manson, Marylin Monroe, Marge Simpson et Mickey Mouse tous réunis pour fêter M, thème de la soirée, M comme Majorité. Au début vous accusez l’alcool puis le lendemain matin, sobre, vous recroisez Minnie et Mickey bras dessus bras dessous fatigués de leur nuit rentrant chez eux. Vous vous excusez alors auprès de l’alcool de l’avoir accusé à tort.

Il y a Monsieur Bou, ou double Bou, ou Boubou. Enorme bonhomme, toujours vêtu d’un pantalon noir sale, d’un tshirt noir, sale aussi, laissant apparaitre la naissance ou la fin de son ventre, ça dépend d’où on se place, et attifé d’un bob noir et sale aussi. Il tousse beaucoup, gras souvent, car il fume beaucoup et boit beaucoup aussi. Ses toilettes donnent juste en face de mon salon, c’est comme ça que j’ai réalisé que la boisson était très hostile au bien-être intestinal de mon voisin et créait le plus souvent un chaos gastrique au petit matin. Au petit matin, certains entendent le chant des oiseaux, moi c’est la chasse d’eau de Monsieur Bou.

A côté de Monsieur Bou, il y a Max, photographe de mode de trente et un an, né presque le même jour que moi, à 3 jours et un an près, soit le 18 décembre 1977. Il est le bébé de l’impasse, c’est le dernier arrivé, le poussin tombé du nid. Il vit avec Manu, sa chatte. Quand il ne travaille pas, Max vit en décalage horaire ou est un vampire: il se couche à 8 heures du matin et se lève vers 17 heures. Le reste du temps, il sort et boit, puis boit et ressort, pour rentrer avec une fille différente chaque semaine, enfin chaque 4 jours. Il roule en vespa pourrie, a un goût prononcé pour la déco et le Beau c’est pourquoi il déteste les vélib’ parce que c’est moche, esthétiquement parlant.

Enfin, le dernier couple au fond de l’impasse est Isabelle et Pierre, ensemble depuis vingt ans. Ils sont beaux, célèbres et talentueux sans parler de leur fils, Benjamin, brillant étudiant polyglotte à qui tout réussit. (Ils lisent la chronique, je suis obligée)Pierre est peintre photographe et Isabelle est auteur de renom. Lui parle fort, crie souvent et clame chaque jour « Et quand je dirai pot-de-chambre, vous sortirez de dessous le lit » Il photographie les animaux, pourtant il les déteste. Avec Isabelle, Ils font souvent des raouts dans lesquels le tout Paris littéraire intellectuel, et moi, sommes invités. On y boit du champagne et on y mange des petits fours Dalloyau. Le reste du temps, ils travaillent beaucoup, regardent des vieux films sur leur home cinéma, partent en Inde pendant des mois, ou, sur l’Ile de Ré.

Puis, il y a moi tout au bout de l’impasse, trentenaire, faisant partie intégrante de ce monde sans trop savoir comment ni pourquoi. J’oscille entre Ugly Betty et Nicole Kidman, j’adore le melon et les chewing-gums à la pastèque, si je devais me réincarner, j’aimerai être un virus ou l’angoisse, je déteste le métro c’est pourquoi je ne roule qu’en Pedro, mon vélo. Enfin, je déteste les pastilles vichy mais comme dirait Madonna, ça n’a rien de personnel, j’aime quand même leurs âmes.

J’oubliais, le chat de l’impasse : Chamane, félin élancé de 6 kilos, chat mi-égyptien mi-corrézien qui sait parler mais qui passe le plus clair de son temps vautré chez l’un d’entre nous ou sur les toits.

Bienvenue dans l’impasse….